Je suis enseignant.e (capsule empathique)

Je suis enseignant.e,
Pas par vocation (au sens noble du terme) ou parce que j’ai toujours rêvé de transmettre un savoir. Ni parce qu’une matière me faisait vibrer plus qu’une autre. Mais par revanche et espoir.

Je suis là parce que, quelque part, il y a encore l’enfant que j’ai été. Un enfant blessé.

Quand j’ouvre la porte de ma classe, je me revois souvent. Assis au troisième rang. Discret. Transparent. Celui qu’on n’interroge pas vraiment. Celui qu’on regarde parfois, mais sans attente. Je me souviens très bien de cette phrase lancée par une prof de maths, devant tout le monde :
« La section pro te tend les bras avec de tels résultats».
Je ne crois pas qu’elle ait voulu être cruelle ou qu’elle ait mesuré la profondeur de la honte que j’ai ressentie. Les ricanements de mes camarades résonnent encore en moi.
À cet âge-là, on ne sait pas encore se défendre. On apprend juste à se taire… et à douter de soi.
À nourrir une image qui est tellement faible qu’elle en devient transparente. On voudrait disparaître.

Aujourd’hui, quand je suis face à mes élèves, ces souvenirs ne sont jamais loin.
Chaque regard de crainte, chaque épaule qui s’affaisse, je les reconnais. Je sais ce que ça fait de se sentir déjà jugé, déjà classé, déjà de trop.

Alors j’essaie de faire autrement.
Quand j’entends parler d’un élève comme d’un « cas désespéré », quelque chose se serre en moi. Parce que je sais ce que ces étiquettes représentent. Parce que, pendant longtemps, j’ai cru que ces mots parlaient encore de moi.

Ma satisfaction n’est pas dans les excellentes copies, ces élèves-là trouvent souvent leur chemin.
Elle est dans ces petits moments presque invisibles :
un élève qui ose lever la tête,
un autre qui tente, même s’il se trompe, un silence moins lourd qu’avant, un demi-sourire de satisfaction, une joie d’avoir trouvé de l’écoute et du soutien.

On m’a longtemps fait croire que j’étais un problème.
Avec le temps, j’ai compris que ce qui faisait mal, ce n’était pas mes difficultés, mais le regard posé sur elles et le jugement porté sur moi.

Alors j’enseigne.
Pas seulement pour transmettre des connaissances.
Mais pour offrir un espace un peu plus juste.
Un endroit où personne n’est défini une fois pour toutes.
Un endroit où l’on peut apprendre… sans peur d’être rejeté.

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